Revisitons la vie politique française du XIXe siècle à nos jours, à travers des citations de présidents de la République, de Louis-Napoléon Bonaparte à François Hollande. Des propos sérieux, croustillants, amusants, acerbes ou anecdotiques qui nous amènent à (re)découvrir le passé de manière ludique, simple et accessible.

« Un chef, c’est fait pour cheffer », assurait Jacques Chirac en 1992. On ne le contredira pas, et voilà pourquoi…

Le 20 juin 1992, Jacques Chirac fait ce néologisme dans les colonnes du Figaro Magazine. Élu en 1977 à la mairie de Paris, il y reste jusqu’à son accession à la présidence, en 1995. Au cours de ces années, plusieurs enquêtes et procédures judiciaires révèlent tout un système de malversations compromettant Jacques Chirac, son entourage et son parti politique, le Rassemblement pour la République (RPR). Trafics d’influence, abus de biens sociaux, fausses facturations et surfacturations, attributions truquées de marchés publics parisiens et franciliens, associations grassement subventionnées, etc. Toutes ces malversations finançaient secrètement les grands partis politiques, exceptés les Verts et le Front national.

Emplois fictifs

L’affaire des « emplois fictifs » fait partie intégrante de ce nébuleux système. Des papiers compromettants – dont au moins un signé de la main de Jacques Chirac – ont démontré que la Ville de Paris prenait en charge les salaires de certains employés du RPR. Bien présents et actifs au sein du parti, ils devenaient « chargés de missions » fantômes au sein de la municipalité. D’autres n’avaient aucune affectation, mais apparaissaient sur les registres des employés de la Ville. Ce stratagème couvrait certainement la période de 1983 à 1998, mais la justice en a décidé autrement et s’est contentée de statuer sur les années 1992-1994.

Alain Juppé, condamné

Accusé d’avoir couvert ce détournement de fonds publics, Alain Juppé est condamné en 2004 à dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité. L’actuel maire de Bordeaux fait appel et voit sa peine réduite à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. Protégé par son immunité présidentielle, Jacques Chirac refuse de se rendre aux quelques demandes d’audition. Redevenu un citoyen parmi les autres après le 16 mai 2007, il est auditionné l’année suivante et assure « n’avoir jamais rien su des dysfonctionnements et détournements de fonds opérés ».

Alain Juppé, à l’Université Paris-Dauphine, 1er avril 2015 © Ricani16

Pourtant, « un chef, c’est fait pour cheffer », non ? La justice n’en a pas douté car elle le condamne en décembre 2011 à deux ans de prison avec sursis pour délit d’ingérence, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics et abus de confiance. Dans un communiqué, l’ancien président explique qu’il ne fera pas appel : « Je prends acte du jugement du tribunal de Paris. […] J’étais le maire. C’est à moi et à moi seul d’assumer. Mais, sur le fond, je conteste catégoriquement ce jugement. »

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de Cathy Robin
éd. du Chêne (2017)