Isabelle Carré dans le Sourire d'Audrey Hepburn (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Isabelle Carré dans le Sourire d’Audrey Hepburn (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Quand Isabelle Carré se met à nue sous les traits d’une star hollywoodienne, le résultat est impressionnant de maîtrise, d’émotivité et d’intimité. Un moment à partager au théâtre de l’œuvre (Paris, 9e arr.) dans la pièce Le sourire d’Audrey Hepburn.

Quand oser est un pari gagnant

Oh que c’est bon ! Que c’est bon de voir une comédienne prendre des risques ! Que c’est bon de voir des directeurs de théâtre se mettre en danger ! Que c’est bon de voir un auteur écrire dans l’intimité, sur l’intimité pour un spectacle intimiste ! Car il fallait oser se lancer dans un monologue d’une heure, il fallait oser présenter une mise en scène et un décor minimaliste, il fallait oser porter ce sujet sur l’enfance solitaire d’une artiste torturée : Audrey Hepburn.

Un fauteuil Chesterfield, un sac à main et une paire de chaussures à talon… Isabelle Carré n’a besoin de rien de plus ! Calée dans la profonde et rigide assise en cuir, elle nous propose une gestuelle minimaliste maîtrisée au cordeau pour demeurer au service d’un texte écrit avec élégance, finesse et justesse.

A la quête d’un père adulé et détesté

L’auteur, Clémence Boulouque, nous offre de beaux instants stylistiques en s’appuyant parfois sur un double niveau de discours pour évoquer les émotions du personnage, mais aussi de la comédienne déclarant face public : « Si vous saviez comme je suis nerveuse. Là, tout de suite, si vous saviez comme j’ai peur. Mon seul talent, c’est d’avoir le trac ! » 

Un aveu destiné à un père, Joseph Victor Anthony Hepburn ! Un père absent depuis près de 30 ans qui, par l’entremise du mari d’Audrey Hepburn s’apprête à revoir sa fille à Dublin, un jour de 1964.

Majestueuse Isabelle Carré dans le Sourire d'Audrey Hepburn (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Majestueuse Isabelle Carré dans le Sourire d’Audrey Hepburn (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Dans l’attente de ses retrouvailles tétanisantes, l’actrice se souvient…. sa voix intérieure s’exprime et peu à peu se dessine le portrait d’une femme fragile, d’une enfant délaissée, d’un père égoïste abandonnant sa famille pour adhérer au fascisme Hitlérien. Ce père si fort, si beau, si sportif… Ce père qui, malgré sa disparition du foyer familial, entraîna dans son sillon idéologique la mère d’Audrey. Et l’artiste de les mépriser :  « Des corps sains muent par des esprits putrides. » Ce père adulé, attendu, espéré et finalement détesté qui fut à l’origine des fêlures de la comédienne, mais aussi – éventuellement – à l’origine involontaire de sa carrière !

Aurait-elle eu ce parcours si son père était demeuré présent ? Aurait-elle dû délaisser sa vocation de danseuse ? Se serait-elle retrouvée sur les planches pour jouer Gigi, la pièce de Colette en 1944 ? Aurait-elle partagé l’affiche avec Grégory Peck dans la comédie romantique à succès de William Wyler, Vacances romaines en 1953 ? Serait-elle devenue cette icône hollywoodienne admirée, adulée, encensée et pourtant si fragile et si torturée ?


  • Le sourire d’Audrey Hepburn, de Clémence Boulouque – Avec Isabelle Carré – Mise en scène de Jérôme Kircher
  • Théâtre de l’œuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris – Tél. 01 44 53 88 88 –
  • Du mercredi au samedi, à 19h – Dimanche, à 18h.
  • Tarif : de 19 € à 35 €