Inertia, d’Idan Haguel. L’inertie est-elle un mouvement ?

Avec Inertia, le réalisateur et scénariste israélien Idan Haguel replace l’écriture cinématographique au centre de la narration.

Inertia signifie…….

Le générique défile très lentement sur une mer calme, profonde, bleue, légèrement chahutée par les remous naturels de l’océan. Puis, peu à peu, la bande originale vient crescendo, puissante, dérangeante jusqu’à la coupure nette, le noir de l’écran… Le silence.

Le film débute sur de longs silences alimentant des plans fixes. Mira (Ilanit Ben Yaakov) se réveille en sursaut enpoussant un cri strident qui la sort d’un rêve. Puis, le silence revient tandis qu’elle se prépare et rejoint sa mère Salin (Galia Yshay) en bas de son immeuble.

Mira (Ilanit Ben Yaakov) et Salin (Galia Yshay) dégustant de la vie, de la mort, du père, de l’homme

Sur une conversation minimaliste, peu à peu, le spectateur découvre l’intimité de cette femme, l’inertie de son existence qui subit l’absence et le désamour de son mari après 19 ans de vie commune.

Inertia comme la solitude, l’inactivité, une vie stérile et sans intérêt… Jusqu’au jour où le mari ne revient pas. Où est-il ? Que s’est-il passé ? Que signifie le coin en verre ébréché et ensanglanté de la table basse ?

 

L’inefficacité de la Police fait écho au thème du film… L’inertie, le vide !

Voir ou ne pas voir, agir ou s’endormir ?

Mira -comme « regarde » en espagnol – partira-t-elle à la recherche de son mari  ? Osera-t-elle affronter son existence, quitter sa léthargie contemplative pour se lancer dans une nouvelle vie faite de mouvements, d’envies, d’actions ?

Face à l’inertie, un jour il y a la volonté… d’agir ! Après quelques affichettes déposées dans la ville, elle abandonne ses recherches et reprend son existence. Elle efface toute trace de l’existence de son époux. Elle nettoie les murs, les sols, vide les placards et brûle les affaires de son mari.

Elle trouve un travail, tombe amoureuse, mais une question perdure : qu’est devenu son mari, Benny ? Est-il mort ? Va-t-il revenir et détruire ce tout nouveau bonheur retrouvé ?

Idan Haguel, le jeune réalisateur israélien du film.

L’ambiance du film tient dans la qualité esthétique et l’écriture cinématographique du réalisateur, Idan Haguel. Une pure merveille stylistique en adéquation avec le thème : plans fixes, économie des dialogues, prépondérance des silences accentués par de forts bruitages de la vie quotidienne.

La question qui tue, tache ou fait splatch !
  • Inertia propose un savant mélange entre comédie noire et anxiété. Comment avez-vous trouvé cet équilibre?
    Je pense que l’anxiété constitue un terreau idéal pour la comédie. Même s’il s’agit peut-être d’un rire nerveux… Lorsque les acteurs ont commencé à jouer, ils l’ont fait de manière plus directement comique, plus théâtrale. Très rapidement, nous avons décidé que les « scènes drôles » devaient êtrejouées de la manière la plus naturelle possible, sans les jouer comme de la comédie. Il y a de la comédie dans la vie de tous les jours sans que celle-ci ne soit évidente. (Idan Haguel)

  • Inertia, de Idan Haguel
  • Avec Ilanit Ben Yaakov, Mohammad Bakri, Galia Yshay
  • 72 mn
  • Actuellement en salles