Adrénaline, l'héroïne n'est autre que la fille de Vercingétorix

© Astérix®-Obélix®-Idéfix®/2019 Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo

Soixante ans par Toutatis ! Soixante ans qu’Astérix, le blondinet moustachu et son village d’irréductibles résistent à l’envahisseur romain. Et ce pour notre plus grand plaisir.


Astérix le Gaulois naît le 29 octobre 1959 dans la revue Pilote. Albert Uderzo lui donne corps, René Goscinny lui donne la parole jusqu’en ce jour du 5 novembre 1977 où ce dernier décède d’une crise cardiaque sur un vélo d’appartement chez son cardiologue. Drôle de fin qui ne fait rire personne et laisse des milliers de lecteurs orphelins. Nul ne s’imagine alors qu’il y aura une suite, tant le tandem Uderzo-Goscinny fait unité.

Il s’est formé au début des années 1950, au sein de la maison d’édition World Press. En 1959, les deux compères fondent le journal Pilote sous l’égide de Radio-Luxembourg. À trois mois de la sortie du premier numéro, Albert Uderzo découvre que leur adaptation du Roman de Renard a déjà été imaginée par leur confrère Jean Trubert. “Ils ont dû vite trouver une autre idée”, relate Catel, l’auteure de la bande dessinée Le Roman des Goscinny.

Prolixe et Pastis

Tout se joue chez Uderzo, en une demi-journée autour de quelques petits “jaune” anisés. Leur vient alors la thématique des Gaulois qui “étaient un peu oubliés en France”, expliquera René Goscinny. “Leurs souvenirs scolaires étaient faméliques, relate Catel. Mais ils trouvaient amusant que nos ancêtres soient racontés par deux étrangers!” En effet, Albert est d’origine italienne et René a vécu en Argentine jusqu’à ses 19 ans avant de partir aux États-Unis. Quand le premier croque leur futur héros, le second ne le voit pas ainsi: “Il est trop beau, c’est Errol Flynn. Il faut faire un petit bonhomme qui n’est pas beau, mais qui est suffisamment malin pour s’en sortir.” Et Uderzo d’expliquer: “René a voulu un antihéros, c’est pourquoi le personnage est si petit.” Intelligent, rigolo et râleur… Telles seront donc les caractéristiques d’Astérix. Toutefois, l’illustrateur parvient à placer son personnage costaud, loyal et fort sous les traits d’Obélix. “Entre eux, c’était un véritable ping-pong, souligne Catel. Goscinny était lui-même dessinateur. Il savait faire, comment placer le texte dans des bulles.” L’éditeur belge, Didier Pasamonik confirme: “Il faisait un synopsis très précis découpé en 44 paragraphes, correspondant au nombre de pages. Chacune d’entre elles était très décrite.”

© Astérix®-Obélix®-Idéfix®/2019 Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo

Influences religieuses…

Indirectement, l’œuvre de René Goscinny est empreinte de la culture juive. “La majorité de sa famille a été tuée durant la Seconde Guerre mondiale, relate Catel. Cela fait partie de son ADN, même si ses parents n’étaient pas pratiquants.” Didier Pasamonik complète: “Ils n’étaient pas des religieux acharnés, mais la culture juive était bien présente. Ses grands-parents ont fui les pogroms au début du xxe siècle. En 1912, son grand-père maternel a fondé l’imprimerie parisienne Beresniak qui a édité les plus grands auteurs juifs de son temps.” Quant à son père, il est parti en 1927 à Buenos Aires pour rejoindre la Jewish Colonization Association qui aidait les juifs à fuir l’Europe.

Alors, de quelle manière la religion se retrouve-t-elle dans les pages d’Astérix? “Les allusions sont transversales, répond Didier Pasamonik. Le village peut être considéré comme un shtetl [village juif d’Europe de l’Est avant 1939, ndlr]. Avec son représentant, Panoramix, qui dispense l’enseignement. Le barde Assurancetourix rappelle le cantor qui, dans l’office religieux juif, a la réputation de chanter faux.” Malgré cela, “les deux comparses ont un seul et même credo : la République”.

© Astérix®-Obélix®-Idéfix®/2019 Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo

… et culturelles

René Goscinny s’inspire aussi de la culture argentine et américaine À Patoruzú, héros populaire de Dante Quinterno, il emprunte sa soupe magique pour la fameuse potion du druide. À Mad, le magazine satirique, il puise l’esprit anticonformiste de la contre-culture des superhéros, “de cette dérision, cet humour juif new-yorkais à la Woody Allen”, précise Didier Pasamonik.

Quant au choix des prénoms, au-delà de leurs consonances gauloises en “x“, Astérix et Obélix se réfèrent aux signes typographiques astérisque et Obèle (trait noir en forme de broche). Keskonrix, Porquépix, Abraracourcix, Cétautomatix… Tous ces jeux de mots participent au succès de la bande dessinée qui, soixante ans plus tard, perdure sous le stylo et le crayon de Jean-Yves Ferri et de Didier Conrad. Et les deux artistes marchent dans le pas de leurs aînés en créant des prénoms tout aussi éloquents: Blinix, Selfix ou bien Adrénaline, héroïne du 38e album sorti le 24 octobre 2019. Et de l’adrénaline, La Fille de Vercingétorix n’en manque pas !

 

Astérix en chiffres

© Astérix®-Obélix®-Idéfix®/2019 Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo

4… longs-métrages tirés de la bande dessinée.
10… films animés.
38… albums parus.
111… traductions en dialectes et langues étrangères.
380… millions albums vendus dans le monde depuis 1959.